Épître III - Le style vestimentaire Steampunk

L'extraordinaire style vestimentaire du steampunk

4 décembre 2021

Les miscellanées Steampunk de Maistre Philippe

Épître III - Mais quel est le style vestimentaire Steampunk ?

Vaste question !

Je vais tenter d’y répondre. Je précise que, comme dans mes précédents épîtres, il n’y a ici aucune volonté d’être exhaustif. Beaucoup des points évoqués pourront être développés et approfondis par les curieux.

Vaste, le style l’est et les répercussions sur les vêtements toutes aussi nombreuses. Il suffit de croiser des amateurs de cosplay steampunk pour s’en rendre compte.

Inspiration

Ça s’inspire de quoi  … et de quand ?

Avant de plonger hardiment dans le sujet, il convient de faire un bref rappel historique. En effet - comme vous le savez si vous avez lu mes précédents épîtres - la période Victorienne s’étale, comme son nom l’indique, sur le règne de la reine Victoria, soit de juin 1837 à janvier 1901.

Trois facteurs majeurs vont influencer la mode de l’époque : 

D’abord, la reine elle-même qui tout au long de son règne va imposer son style. En parlant d’imposer ce dernier sera de plus en plus … imposant ! Au fur et à mesure que son pouvoir s’accroitra, ses robes seront de plus en plus volumineuses et ses manches de plus en plus bouffantes.

Ensuite, l’évolution industrielle avec la création de l’industrie textile et l’invention de la machine à coudre. Elles vont rendre possible le prêt-à-porter et rendre certaines matières plus accessibles. On aura parmi celles-ci les dentelles, le latex, le coton, les teintures (naturelles et synthétiques) et même des imperméabilisants (l’imperméable Mackintosh date de 1824 et les bottes en caoutchouc de 1854).

Enfin, les voyages et un goût marqué pour l’aventure et le fantastique, transmis par les auteurs “romantiques” de l’époque. Rappelons ici que certaines œuvres mondialement connues sont nées durant cette période. Jugez plutôt : Frankenstein, Moby Dick, Les aventures d’Alice au pays des merveilles, Dracula et Sherlock Holmes, pour ne citer qu’elles.

Ces influences vont conduire la mode à suivre plusieurs formes générales pour les robes.

1840 -1850, les épaules sont dénudées et tombantes avec les bras nus. On porte des bustiers en forme de triangle pointant vers le bas et apportant une silhouette en sablier. Les robes étaient portées par dessus une jupe tombant jusqu'à la cheville surmontée de couches successives de jupons de crinoline donnant une forme en cloche à l’ensemble. Il n’était pas rare de voir l’ensemble accompagné d’une étole et de longs gants montant jusqu’aux coudes.

À partir de 1850, les robes seront à volant et toujours portées sur davantage de jupons afin d’en augmenter le volume. Détail intéressant pour ce qui nous concerne : les bustiers étaient souvent transformables permettant d’adapter la pièce pour la journée ou pour le soir. Cela titille-t-il votre fibre “steam” ?

Les années 1860 vont voir les jupes s'aplatir sur le devant et s’arrondir dans le dos. Apparition des manches dites pagodes. Les bustiers deviennent plus courts (pouvant descendre jusqu’à dix centimètres !) et on ajoute parfois le boléro venu d’Espagne, très tendance alors.

De 1870 à 1890, les robes perdent leurs bustiers et deviennent plus longilignes. Elles adoptent une courbure en S.

Les cheveux sont globalement longs, souvent faits de postiches, et coiffés avec des … anglaises.

Pour ces gentlemen c’est un peu plus simple : dès 1840 la mode est à la redingote pouvant descendre jusqu’aux mollets, ou à la queue de pie. Le gilet, à plusieurs rangées de boutons, est également présent. Les chemises avaient des cols bas et la cravate large ou un foulard ceignait le cou. Le tout était surmonté d’un haut de forme.

Les cols montent pour devenir haut dans les années 1850. Le nœud papillon trouve sa place à côté de la cravate et le chapeau devient melon.

Courant 1870 c’est le costume trois pièces qui arrivera et le plastron fait son apparition. Le nœud papillon supplante la cravate et le haut de forme reste incontournable. On notera l’apparition du smoking en 1886.

Côté capillaire les hommes portent majoritairement et jusqu’en 1890 les cheveux courts avec barbe, moustaches et rouflaquettes.

Exemples

Des exemples peut-être ?

Sans aucun doute au cinéma ! Pour ces dames voyez le film “Victoria, les jeunes années d’une Reine” (2009) et les Sissi (1955, 56 et 57 pour les trois opus).

Plus récents, les Sherlock Holmes (2009 et 2011) qui se teintent d’ailleurs d’un petit verni “steam”.

Tout ça c’est intéressant, mais qu’en est-il du steampunk ?

On distingue avant tout deux grands styles : habillé ou aventurier. Les deux se mêlent sans aucun problème.

Le genre apportant une adaptation plus contemporaine, surtout chez les femmes, la robe cloche - ascendant meringue - est généralement évitée. On croisera davantage les robes plus plates sur le devant, des jupes assez courtes sur le devant (au-dessus du genou), parfois plus longues derrière  et … des pantalons ou des culottes courtes associées à des jambières issues de l’essor de la bicyclette après 1880.

Le bustier est souvent présent aussi bien en illustration qu’en cosplay. Soit il s'arrête sous la poitrine, soit il la recouvre à demi. Les dentelles ne sont pas en reste et garnissent souvent le décolleté et le bas des jupes. Chez les hommes la redingote est souvent présente, idéalement noire ou de cuir. Le cuir est d’ailleurs une matière souvent reprise pour ses aspects esthétiques et son côté “badass”. Dans tous les cas, le haut de forme est le chapeau quasi universel du style.

Accessoires

Et les accessoires ?

J’y viens, pas d'impatience ! 

Ils sont en effet le socle du steampunk, sans eux point de salut ! Dans le domaine les seuls constantes sont : le cuivre, le laiton, les engrenages et les lunettes d’aviateur. Pour le reste, la limite est l’imagination et les possibilités physiques dans le cas du cosplay (et aussi, un peu, les $, £, €, et autres brouzoufs). Prothèses partielles ou totales (souvent des bras), gants métalliques, masques à gaz ou de protection,  cannes, armes (les plus délirantes possible), le tout parsemé généreusement d'engrenages de toutes tailles, de tuyaux (en cuivre pour les plus luxueux) et de lentilles colorées, si possible éclairées.

Tout est dans les détails. J’ai croisé des éléments de prothèses d’une rare beauté et complexité. Dans un style légèrement différent, il m’a été donné de voir des explorateurs en tenues coloniales mâtinées de lunettes à faire pâlir les frères Wright et munis de fusils pour la chasse au rhinocéros (adulte et pas au régime sec).

Du point de vue de la faisabilité, sur le papier et les ordinateurs, pas de soucis, tout est possible. Pour le cosplay, la limite est l’astuce des réalisateurs. On notera que l'arrivée des imprimantes 3D apporte une réelle flexibilité et des possibilités accrues à moindre coût.

Pour conclure, je dirais simplement que, bien que la(bscence de) limite soit l’imagination (plus que la connaissance, dirait Albert), il est important de comprendre que l’effet recherché est obtenu par l’important contraste entre deux époques apparentes : les styles victorien et rétro-futuriste. L’un apporté par les vêtements, l’autre par les accessoires.

Espérant que ma prose vous aura intéressé, je vous invite à lire mes épîtres précédents ... et futurs.



Maistre Philippe

Lugdunum le  IV december MMXXI



L'auteur...
Philippe Don Conanucci